J’ai longtemps hésité à relater ce qui m’arriva ce jour-là… On ne fuit pas son destin.
Peut-être est-ce une façon d’exorciser la culpabilité d’un acte… inévitable.
Tout remonte à quelques jours. Le soleil, implacable, trônait à son zénith, inondant le monde de ses rayons dorés. Des effluves floraux, délicats et variés, s’élevaient jusqu’à mes narines. Une lumière d’été finissant, telle celle qui baigne les côtes normandes et attire depuis des siècles les plus grands peintres, sublimait tout objet alentour.
Tout semblait propice à ce qui allait suivre.
Alors que je passais – non, pas tout à fait par hasard, je l’admets – devant cette vitrine, elle m’interpella. Silencieusement. Malicieusement. Délicieusement.
Comment décrire ce moment sans risquer les jugements hâtifs de mes contemporains ? Comment traduire ce que j’ai ressenti ? Sa peau, hâlée, douce et sucrée. Ses courbes, rondeurs voluptueuses en haut, galbe presque parfait en bas. Promesses muettes d’un plaisir unilatéral, certes, mais qu’importe !
Quand le point de non-retour est atteint, que le réflexe ancestral écrase la raison, il ne reste qu’à suivre les élans du corps. Peu importent les conséquences.
Et me voilà, cédant à l’appel. « En voiture, Simone ! », me dis-je en l’emballant avec empressement.
À peine avions-nous franchi la portière que mon estomac, ce tyran capricieux – mon troisième cerveau, pour ainsi dire – s’insurgea avec force :
« Alors, tu la bouffes cette pâtisserie ou quoi ? Parce que, Simone ou éclair au chocolat, j’te préviens : t’auras des douleurs si t’obtempères pas, drôle que t’es ! »
Mon estomac, faut-il le préciser, exige toujours sa note sucrée avant toute paix digestive. Et qui suis-je pour contredire un tel despote ?
La première bouchée fut… indescriptible. Une révélation. Le croustillant caramélisé frôlait la luxure, le fond biscuité, un chef-d’œuvre. Une demi-pomme tranchée et caramélisée elle aussi complétait cette œuvre d’art culinaire. Une sensualité presque immorale.
Mais c’est alors que survint l’inconcevable. À la deuxième bouchée, un goût familier – très apprécié en d’autres circonstances – vint perturber ma délectation. Roquefort® ?!
Interdit, je poursuivis malgré tout. La gourmandise, couplée au poids des exigences de mon estomac, entravait toute réflexion. Les messages subliminaux envoyés par mon subconscient furent ignorés, classés sans suite. Grand mal m’en prit.
Ce n’est qu’au moment de savourer la dernière bouchée que mon Surmoi, tardivement éveillé, se manifesta, reliant enfin les points à une vitesse fulgurante :
Gâteau + goût Roquefort®.
Roquefort® = moisissures, pénicilline.
Gâteau + Roquefort® = … l’horreur.
Par témérité – ou par politesse envers cette dernière bouchée – je poursuivis néanmoins la mastication, une des plus longues de ma vie, mais cette fois dénuée des charmes précédemment évoqués.
Belle Vie à Toutes et Tous,
Xavier

