
06h30 – Arrivée dans la chambre. Dans le lit d’à côté, un papy d’un mètre nonante râle et souffle comme une vieille forge. Le pauvre s’est cassé quatre côtes, perforé un poumon, hémorragie interne en prime, et du sang qui stagne là où il ne devrait pas. Pourtant, il n’est programmé sur le « billard » (sic) que demain. Et ça, après 12 jours d’attente. Ou 11, selon mamie, qui veille à ses côtés avec la précision d’une horloge suisse. Mais bon, soit.
C’est ce papy de « 27 ans à l’envers » qui finit par me rassurer, moi, le « gamin » de presque 43 ans à l’endroit. Curieux renversement. Mais j’suis plutôt zen, j’avoue. Mes papiers sont en ordre, ma petite famille a eu droit à mes adieux au cas où, et je suis prêt. Enfin… autant qu’on puisse l’être.
07h40 – Arrivée en salle d’opération. Autour de moi, des appareils, des outils brillants prêts à flirter avec mes entrailles. Une foule de gens va bientôt me voir pieds nus. Pas stressé, mais si j’étais un peu plus rassuré, je basculerais dans l’extase.
07h45 – Deux blagues bien pourries de l’anesthésiste sur une intervention d’emputation, ouais… Je n’entends pas la troisième. Le traître a déjà injecté sa substance magique. Rideau.
10h30 – Réveil. Déjà fini ?
10h31 – Et je suis encore là ? Miracle !
10h32 – Je veux retrouver ma chambre. Tout de suite.
11h00 – Enfin de retour dans ma chambre auprès de Papy, qui, malgré ses poumons perforés, se redresse sans hésiter pour me tendre la télécommande et orienter la télé vers moi. Un héros.
11h05 – Téléboutique. Feuilletons. Téléboutique. Feuilletons. Pas même un bon vieux Dragon Ball Z pour relever le niveau. J’ai envie de retourner en salle de réveil, tiens.
11h15 – Mama débarque et me passe un savon pour être descendu seul de mon lit. Moi, avec mon plus beau sourire – jusque-là unilatéral – je rétorque :
– « Mon général, en toute humilité, je doute que ce qui me sert à transsuder le contenu de ma vessie entre dans la catégorie des “objets lourds et divers” que les docteurs m’ont interdit de porter dans l’effort. »
Elle m’adresse un demi-sourire, mais me tance à nouveau. Elle connaît son métier, la dame. Je n’insiste pas.
12h00 – Visite d’un infirmier.
– « Je peux rentrer chez moi ? » lui demande-je.
– « Mais vous n’êtes pas bien, monsieur !? » répond-il, indigné. Vu son ton, inutile de demander s’il parle au sens propre ou au figuré.
12h30 – Mon plateau arrive : quatre biscottes, deux barquettes de confiture, une dose de margarine avec ses fiers 8 % d’oméga-3. Pas le merveilleux rôti de porc sauce moutarde avec farandole de légumes annoncé. Certes, je ne mange pas de viande d’habitude, mais après 14 heures de jeûne…
Ni une ni deux, je m’éclipse. Direction la cafétéria, où je commande un sandwich au saumon à 5 €. Luxe assumé. Je planque ma pitance sous un magazine et retourne dans ma chambre, comme si de rien n’était. Chambre 617, sanctuaire des âmes rebelles.
16h00 – L’anesthésiste finit par passer. Mon chirurgien, lui, ne pourra arriver qu’une heure plus tard. Je fais mon plus beau plaidoyer, insistant que je vais très bien. Il cède. « Si vous vous sentez bien, alors allez-y. »
Victoire ! Mais pas sans controverse. Infirmiers, infirmières, et même Mama, tous me traitent de fou. Mama en profite pour me demander des conseils sur son projet de devenir infirmière à domicile. Pour ça, je décroche un sourire. Elle ne sourit pas souvent, mais quand elle le fait, on dirait qu’elle a gagné la guerre.
17h00 – Retour à la maison. En voiture… que je n’avais pas conduite, car interdit pendant 24 heures. Mais peu importe. Je suis chez moi. C’est fini. Si, si.
Belle Vie à Toutes et Tous,
Xavier
