Mon Petit Prince,
Tu ne cesses de m’émerveiller avec tes questions si pleines de sagesse, des questions de « grandes personnes » qui jaillissent d’un petit être au regard curieux et au cœur pur.
Le sérieux de ton visage quand tu plonges dans tes pensées me bouleverse. Et pourtant, je ne peux m’empêcher de vouloir te protéger, de tout et surtout de rien… Oui, souvent de rien.
Je me revois, t’entourant d’une vigilance maladroite, fixant des protections sur les meubles, les embrasures de portes, et tout ce qui semblait menaçant — même ce qui ne l’était pas. C’était l’époque où tu es passé, du jour au lendemain, du « ramping » au sprint effréné, le prix à payer étant quelques bosses.
Je voudrais tant te préserver de tout ce qui pourrait t’atteindre, apaiser tes plaies, celles de la peau comme celles du cœur, avant même qu’elles n’aient le temps de surgir.
J’aimerais placer des pansements sur tes genoux avant que tu ne tombes, lisser les chemins que tu emprunteras, en balayant chaque aspérité pour te permettre d’avancer sans encombre vers les routes que tu choisiras.
Et parfois, je me surprends à vouloir résoudre les énigmes de la vie pour toi — trouver les pièces manquantes du puzzle qui te permettront d’être entier… celles-là mêmes que je n’ai pas encore totalement trouvées pour moi.
Quelle ironie, moi qui m’étais promis de ne pas reproduire les erreurs des générations passées, de ne pas imposer le poids de mes propres batailles. Me voilà pourtant à te conseiller de lâcher prise, de ne pas chercher la perfection, de ne pas redouter l’échec… Et dans le même souffle, je me rends compte que je fais tout l’inverse. Fais ce que je dis, pas ce que je fais, n’est-ce pas ?
Mon petit garçon chéri, sache que notre amour et notre complicité sont sans limite. Si je ne peux te décrocher la Lune, je m’engage à te dessiner autant de moutons que ton imagination en réclamera. Toujours.
Avec tout mon amour,
Ton papa, ton guide, parfois; ton refuge, toujours…
Belle Vie à Toutes et Tous,
Xavier

