
Cher Dieu,
Cela fait un moment que l’envie de t’écrire me taraude. Enfin, pas dès le début, mais dernièrement, cette envie est devenue pressante. J’ai des choses à te dire, des choses à demander, et sans doute des choses à comprendre. Alors, me voici.
Au commencement, ce n’étaient que des questions. Puis, au fil du temps, ces questions se sont mêlées à des convictions, donnant naissance à un étrange mélange, à mi-chemin entre interrogation et certitude. C’est peut-être un peu confus, non ? (D’ailleurs, si le tutoiement te gêne, fais-le-moi savoir. Mais on va partir du principe que ça te va.)
Je vais essayer d’être clair.
Je trouve que tu as un côté sacrément… pratique. Oui, pratique, dans le sens où tu sembles toujours là quand il s’agit de justifier l’injustifiable. C’est là que je me dis que tu devrais peut-être jeter un œil à ce que certains font en ton nom. Regarde :
Tu sers d’excuse pour tuer son prochain. Massacrer des peuples entiers, éradiquer des innocents au mauvais endroit, au mauvais moment… tout ça « pour toi ». Mais est-ce vraiment pour toi ou pour les hommes eux-mêmes ?
Tu es un outil de pouvoir. Avec ton nom, on manipule des peuples, on asservit des nations. On leur fait accepter des vies dures et pleines de privations, sous prétexte que « là-haut », après, ce sera mieux. Si c’est un mensonge, c’est cruel. Et si c’est vrai, avoue que c’est une drôle de pédagogie.
Tu es une consolation. Quand la mort approche, ton image rassure. On t’invoque pour combler la peur, pour donner un sens à l’absurde. On se raconte qu’on te retrouvera ou qu’on reverra les gens qu’on aime. Et peut-être que ça aide. Mais pourquoi a-t-on besoin de toi pour cela ? Pourquoi le simple fait d’exister ne suffit-il pas à apaiser nos craintes ?
Tu es une certitude dans un monde incertain. Pour beaucoup, croire en toi, c’est s’accrocher à un rocher au milieu d’une tempête. Mais si ce rocher était simplement une illusion ? Une création humaine pour calmer ses angoisses ?
Je pourrais continuer cette liste encore longtemps, tu t’en doutes. Tu es omniscient, après tout. Et toi, tu as l’éternité devant toi. Mais moi, mon temps est compté, alors je vais passer à autre chose.
Il me reste une question. Une seule, mais une de celles qui me hantent. Pourquoi le message de l’un de tes enfants – Joshua, que d’autres appellent Jésus – a-t-il été si déformé ? Son message d’amour, de paix, d’humilité, comment a-t-il pu devenir un outil de division, de haine, de guerre ?
Parce que, franchement, je l’admire, ton fils. Enfin, l’homme qu’il était. J’ai lu pas mal de choses, même les évangiles apocryphes rédigés pendant son ministère. Et je ne partage pas l’idée d’une résurrection ou d’un miracle quelconque. Mais son message d’amour ? Oui, celui-là, il résonne. Alors pourquoi l’a-t-on transformé en une arme pour justifier tout ce que, j’imagine, il détestait lui-même ?
Je ne prétends pas avoir toutes les réponses. D’ailleurs, je suis agnostique, et tu le sais déjà. Je ne crois ni ne renie. Je doute, et j’explore. Mais si jamais tu passes dans le coin et que tu as quelques minutes, peut-être pourrais-tu éclairer ma lanterne ?
À plus, cher Dieu.
Et merci d’avoir pris le temps de m’écouter, si c’est bien toi qui lis. Sinon, merci quand même.
Belle éternité à Toi
Xavier
